Dans la lignée de Greta Thunberg, de nombreux jeunes angevins se mobilisent au quotidien pour la protection de l’environnement. Entre les écoles, associations ou initiatives personnelles, les jeunes générations n’hésitent pas à montrer l’exemple et à s’engager pour faire entendre leurs voix.

“Nous sommes l’avenir, seuls nous avons le pouvoir de tout changer !”

La sensibilisation commence à l’école…

Dès le plus jeune âge, les enfants sont sensibilisés à l’écologie et au développement durable au travers leur scolarité. Le Ministère de l’éducation nationale et de la jeunesse “est pleinement mobilisé dans la lutte contre le changement climatique et en faveur de la biodiversité. Ainsi les élèves sont appelés à être des acteurs majeurs de la transition écologique, et les écoles et établissements des lieux exemplaires de la protection de l’environnement”. Depuis la rentrée 2019, la question environnementale est au cœur des programmes scolaires. Et pour cause, si chaque habitant de la planète consommait autant qu’un français moyen, il faudrait 2,7 planètes Terre par an pour répondre aux besoins de tous. À l’heure actuelle, 54% des émissions annuelles de CO2 sont d’origine humaine. 

Afin d’encourager les établissements s’engageant dans des démarches plus vertueuses, des récompenses ont été décernées comme le “prix école-verte 2030” qui vient soutenir les meilleurs projets. Le label E3D (Etablissement en Démarche globale de Développement Durable) est également remis aux écoles pour leurs actions en faveur de l’environnement. C’est le cas du Lycée Henri-Bergson à Angers depuis 2015. Diverses actions et activités y sont proposées aux élèves : conférences sur le changement climatique, sensibilisation au tri sélectif, visite d’une usine de recyclage, installation de ruches dans l’établissement, etc. Sans oublier la création de leur premier club écologique en novembre 2019, une occasion de plus de discuter, de débattre et de lancer des actions. Ce label E3D permet donc de réunir les élèves, les professeurs et tout le personnel du lycée au travers d’une cause commune. Comme nous pouvons le lire sur le blog du lycée, “s’engager en faveur du développement durable, c’est aussi un engagement de tous les jours !”

Au Collège de l’Aubance à Brissac-Quincé, l’établissement s’attache beaucoup à la protection de l’environnement. Partageant ces valeurs, les professeurs d’arts plastiques, Mme Desile, et de SVT, Mme Urien, ont pris l’initiative de créer deux comités de développement durable à la fin de l’année dernière. “Dans mon comité nous sommes plus sur des actions de recyclage pour transformer les matériaux et en faire des œuvres. Le sien est plus technique et est centré sur les jardins écologiques car nous sommes en relation avec « Les Jardins du Cœur » à côté de Saumur. C’est une association avec des personnes qui sont en réinsertion et qui réfléchissent à l’écologie ou encore à la permaculture“ précise Mme Desile. 

“On veut faire réagir et donner envie aux autres de faire pareil”

Son comité est constitué d’élèves de 5ème de tous niveaux scolaires qui souhaitent élaborer un projet artistique et culturel sur l’année 2019-2020. Dans ce comité, chaque collégien s’engage à sa guise : ramassage de déchets recyclables dans les commerces, rédaction d’articles, campagnes de communication dans l’établissement, création d’œuvres écologiques… “Le but c’est que je construise avec eux, ce n’est pas moi qui emmène les choses toutes faites, chacun doit y trouver son autonomie et s’investir de façon différente. Ce qui est important pour eux c’est qu’ils puissent se dire qu’ils sont capables de construire un projet comme les adultes” explique Mme Desile. Le collège s’est également associé à l’artiste angevin Nils Behning afin de créer une grande sculpture écologique mais le projet n’a pas abouti faute de financement. Grâce au matériel prêté par Les Jardins du Cœur, les élèves sont en train de créer un sas écologique avec des abris à insectes, des jardins sur pieds et des plantations. Tout est accessible aux autres collégiens pour les sensibiliser et leur donner envie de s’investir. Ces derniers n’hésitent d’ailleurs pas à poser des questions à leurs camarades en cas de doutes sur le tri !

Malgré leur jeune âge, les adolescents n’en sont pas moins engagés, bien au contraire. “Il faut qu’on se dise que chaque petite action peut mener à une grande action. Il faudrait juste que tout le monde s’investisse pour faire changer les choses plus rapidement” témoigne Mathieu, un élève de 5e faisant partie du comité. Maëlys, une autre élève ajoute que “si tout le monde faisait de petites choses comme nous, ça pourrait arranger les choses. On se dit qu’on pourrait peut-être donner envie à d’autres établissements de s’engager également. Et quand on sera plus grand on pourra mener des actions personnelles encore plus grandes. On veut faire réagir et donner envie aux autres personnes de faire pareil, même de toutes petites choses ça change tout”

Ce comité leur a même donné envie de s’investir chez eux, auprès de leur famille. “On sensibilise beaucoup plus notre entourage depuis qu’on est dans le comité. On tri, on essaie d’économiser l’électricité, l’eau, le plus possible. Comparé à certains qui pensent que tout est perdu au niveau de la cause du climat, nous on est persévérant, on réfléchit à des solutions même minimes” déclare Nils, élève du comité. 

Certains établissements ont aussi mis en place l’élection d’éco-délégués dans leurs classes. C’est le cas de Zoé Allegre, éco-déléguée et élève de 4e au Collège David d’Angers. “Je trouve que c’est assez important de parler d’urgence climatique parce que ça empire tous les jours, c’est pour ça que je me suis engagée. Nous sommes l’avenir, seuls nous avons le pouvoir de tout changer !”, affirme-t-elle. Son objectif est de sensibiliser ses camarades aux gestes quotidiens comme éteindre les lumières, trier les déchets de la classe, qui permettent de lutter contre le réchauffement climatique mais aussi de créer des projets contribuant à améliorer la biodiversité, diminuer l’impact énergétique de l’établissement, promouvoir des gestes éco-responsables et lutter ou même lutter contre le gaspillage. “J’ai déjà proposé de remplacer les graviers qu’il y a sur les toits du collège par des potagers, des plantations ou des buissons, en plus d’être écologique ça sera plus joli”, précise Zoé. 

Mais les initiatives personnelles ne manquent pas !

En parallèle du cadre scolaire, de nombreux jeunes souhaitent entreprendre des actions afin d’assurer une meilleure qualité de vie pour le monde de demain. “Avec mon amie Jeanne, nous prenons des sacs recyclables, des gants et nous allons ramasser des déchets dans les rues d’Angers. La dernière fois, nous avions quatre sacs remplis en à peine 1 heure sur une toute petite zone, ça m’avait vraiment perturbé”, explique Zoé. Jeanne ajoute que “les personnes plus âgées ne se rendent pas compte qu’il faut protéger l’environnement. Quand je vois mes grands-parents, ils ne font pas vraiment attention à l’écologie. Quand nous faisons nos sorties, c’est impressionnant le nombre de déchets qu’il y a au mètre carré. En plus, ce sont des déchets qui n’ont rien à faire ici !”. En revanche, le groupe d’adolescentes peut tout de même compter sur le soutien des passants qui ne cessent de les féliciter pour leur initiative. Mais l’engagement des deux jeunes filles ne se limite pas à ça, elles essaient également de privilégier les friperies et la mode de seconde main dans leurs achats de vêtements. “Ça ne sert à rien d’acheter des vêtements neufs. Je trouve ça bizarre que les gens ne s’en rendent pas compte, avec tous les transports, les bateaux, les avions, les usines, ça fait peur de voir que tout a une conséquence sur la planète”, affirme Jeanne. Soutenues par leur famille, elles ont la volonté d’influencer et d’éduquer leurs proches à la protection de la planète grâce au hashtag #nettoietaville et à leur compte Instagram “Nettoietaville” qui compte aujourd’hui plus de 100 abonnés. 

“On ne peut pas être écolo au maximum, mais on peut faire des gestes au quotidien

Malgré leurs engagements prometteurs, les deux adolescentes accros aux réseaux sociaux ont tout de même quelques progrès à faire en ce qui concerne la pollution numérique. Regarder une vidéo sur YouTube ou Netflix, faire une recherche Google ou même envoyer un mail ont des impacts non négligeables. Le numérique à l’échelle mondiale représente 4% des gaz à effet de serre en 2019, soit davantage que le transport aérien civil. Selon les estimations, ce chiffre pourrait même doubler dans les 5 prochaines années jusqu’à dépasser la pollution automobile. En dépit de ce constat alarmant, ce type de pollution n’est que très peu évoqué dans les médias, les écoles ou même les associations.

Pour ces deux jeunes protectrices de l’environnement, on ne peut pas être écolo au maximum, mais on peut faire des gestes au quotidien qui vont, petit à petit, changer les choses. Et même si pour le moment elles se considèrent trop jeunes, voire impuissantes, elles envisagent de devenir bénévole dans une association dans les années à venir.

Des jeunes engagés et bénévoles

C’est le cas de Jeanne, 22 ans, en troisième année d’ingénieur en agro développement à l’ISTOM d’Angers qui est membre de Extinction Rébellion. Ce mouvement social et écologiste naît en Angleterre, puis voit le jour quelques mois plus tard en France. À Angers, le mouvement est installé depuis septembre 2019. Le groupe est très hétérogène et est constitué de personnes entre 15 ans à 65 ans, dont plus d’un tiers sont des jeunes entre 15 et 30 ans. Jeanne affirme avoir eu envie de s’investir dans ce mouvement car elle faisait déjà beaucoup d’actions en lien avec l’environnement à titre personnel : changement d’habitudes alimentaires, écogestes, marche pour le climat. Elle avait déjà cette conscience écologique, mais qui pour elle n’était pas suffisante pour répondre aux enjeux. Extinction Rébellion est un mouvement qui l’a tout de suite convaincue car, selon elle son champ d’action n’est pas seulement local mais national voire international. 

Ce mouvement revendique l’usage de la désobéissance civile non violente, “je désobéis en gardant une certaine éthique, nous sommes prêts à prendre des risques judiciaires pour vraiment défendre la cause qui nous semble juste”, précise Jeanne. C’est-à-dire qu’il n’y a pas de violence physique entre leurs membres et les forces de l’ordre, ni de propos blessants envers les individus. Différents actes militants sont organisés comme le blocage de centres commerciaux ou d’espaces publics. Jeanne a voulu se former à ce type d’action car elle voulait connaître ses droits : savoir comment agir en cas de garde à vue, comprendre comment bloquer… “Ce sont des formations qui ne sont pas obligatoires mais fortement conseillées si un jour vous êtes amenés à faire une action bloquante, car Extinction Rébellion n’est pas un mouvement qui opte pour des méthodes softs”. Ils avaient rejoint une marche pour le climat en début d’année mais ce n’est pas un mode d’action qu’ils privilégient : “ce n’est pas efficace, c’est trop gentil, trop calme !”, s’exclame Jeanne. Ça ne gêne pas assez les politiques, nous croyons davantage dans le pouvoir des citoyens et des citoyennes ensemble”. Même s’ils reconnaissent les gêner en créant des blocages, c’est dans l’unique but d’initier un dialogue avec eux et de les informer afin qu’ils se rendent compte de la situation actuelle. En parallèle de cela, d’autres initiatives sont mises en place comme des actions sensibilisantes. “Par exemple pour la Saint-Valentin nous sommes allés distribuer, tracter, discuter auprès de la population pour les toucher, les sensibiliser, leur faire comprendre que la planète ne va pas bien”

Selon Jeanne, ils ont une manière de communiquer qui est pertinente et se démarque des autres mouvements et associations. Extinction Rébellion utilise une hiérarchie horizontale où chacun est libre de s’exprimer, “pendant les réunions je remarque vraiment une communication non violente. De plus, les membres ont les mêmes revendications, mêmes peurs, mêmes craintes et mêmes besoins d’agir”. C’est aussi ce sens de la liberté qui a convaincu Jeanne de ne pas choisir un autre mouvement. “Les autres associations ont un modèle avec une hiérarchie plus pyramidale, je déteste quand il y a des têtes pensantes”. La jeune femme explique que le mouvement est accessible pour tout le monde, mineurs comme majeurs. “Si tu es d’accord avec nos principes et nos valeurs tu peux faire partie d’Extinction Rébellion”. Des réunions d’accueil sont également organisées pour présenter le mouvement aux futurs membres pour qu’ils comprennent vraiment les objectifs et les attentes du mouvement. Il faut noter qu’aucune participation financière n’est demandée. 

“Nous avons les mêmes revendications, mêmes peurs, mêmes craintes et mêmes besoins d’agir”

Cependant Jeanne n’est pas la seule jeune angevine à s’engager et s’investir dans un mouvement écologiste. Adrien, un jeune étudiant de 20 ans, a profité de son année sabbatique pour se consacrer entièrement au mouvement Youth for Climate Angers. “C’est un mouvement mondial de jeunes qui se mobilisent pour le climat, l’environnement et l’écologie”, explique-t-il. Au sein du mouvement, nous y retrouvons principalement des jeunes lycéens et étudiants angevins et saumurois engagés. Les membres s’inscrivent dans une dynamique mondiale qui réagit face à l’urgence climatique et demande de la part de tous une prise en compte réelle des prédictions scientifiques sur les grands dérèglements en cours et à venir du climat. A l’origine, Youth for Climate utilisait uniquement des méthodes douces telles que des marches pour le climat, des grèves ou encore des manifestations. Depuis quelques mois ils se sont diversifiés avec des actions contre la publicité et les enseignes lumineuses qui restaient allumées la nuit par exemple. Des « Plastique Attaque » visant les suremballages ont aussi été mis en œuvre à la sortie des supermarchés. “L’éventail s’agrandit petit à petit.”

Maintenant ils tentent de suivre de plus en plus la lignée d’Extinction Rébellion en organisant des actions de désobéissance civile. “Pour donner un exemple, à Angers on a fait quelques blocages d’enseignes de Fast Fashion comme H&M, Bershka, Fnac…”. Des règles sont néanmoins instaurées ayant pour objectif de définir un cadre, “il est interdit de promouvoir ou d’exercer des violences physiques, en revanche les violences matérielles sont tolérées”. Au sein même du mouvement, les façons de faire sont diverses et variées. “Il y a des membres qui vont être meilleurs pour sensibiliser la population et d’autres qui préfèrent être dans l’action directement”. Et ce sont ces différents profils qui permettent une diversité dans les tactiques et les actions menées. 

Adrien, comme ses camarades, milite car ça lui tient à cœur. Selon lui, aujourd’hui il y a une réelle urgence climatique : “c’est une des premières fois dans l’histoire où on fait face à un problème presque invisible parce que les conséquences du réchauffement climatique se voient par des phénomènes physiques qu’on connait déjà. Par exemple, il y va y avoir plus de catastrophes naturelles, la température va monter mais on va juste se dire qu’il fait chaud et que c’est l’été“, explique-t-il. Adrien alerte sur le fait que si nous continuons à être inactif, à ne pas faire entendre notre voix malgré notre jeune âge, des zones du globe pourront devenir inhabitables pour l’homme et pour d’autres espèces. Il ajoute que “toutes les décisions qui sont prises aujourd’hui et pour n’importe quel sujet devrait prendre en compte l’action sur le climat”. Pour lui, il est nécessaire que les jeunes s’engagent car nous sommes la génération de demain. “Je préfère qu’une personne de 60 ans soit climatosceptique plutôt qu’une personne de 20 ans qui va influencer ses enfants dans quelques temps” s’exclame-t-il.

À Angers, d’autres mouvements et associations voient le jour, comme CleanWalker ou Action FNE 49, et permettent aux jeunes de montrer l’exemple.

Les associations ont besoin des jeunes

Les jeunes réagissent, font entendre leur voix et cela ne passe pas inaperçu. Des associations de protection de la nature et de l’environnement plus institutionnelles comme France Nature Environnement (FNE) sont en demande constante de nouveaux profils dans leur groupe, et plus particulièrement de jeunes. Mais ça n’est pas une tâche simple : “nous répondons à notre public qui est âgé et donc nous faisons des actions qui correspondent à ce public et ce n’est pas bon pour notre avenir car si nous n’avons pas de jeunes, comment fait-on pour que dans 20 ans il y ait encore des bénévoles actifs dans notre association ?”, se questionne Xavier Métay, coordinateur à FNE.

Qu’il pleuve ou qu’il vente, le jeune de 15 ans va venir

Il y a 5 ans, du fait de cette prise de conscience, FNE a mis en place de nouvelles stratégies. Selon eux, il n’était plus possible de rester avec une image “grisonnante” qui collait à leur identité. C’est en octobre 2019 que naît l’idée d’une expérimentation en créant le groupe “Action FNE 49”. Son objectif est de réaliser des actions concrètes et ponctuelles tout en gardant le fonctionnement et les valeurs de FNE : “l’objectif est d’organiser des choses qui donnent envie aux jeunes de venir participer à nos actions car c’est bien de communiquer sur les réseaux sociaux mais il faut que ça attire !”. Ce groupe d’action se met en relation avec des associations étudiantes dans le but de sensibiliser encore plus de jeunes de leur âge. “Il faut qu’on envoie nos jeunes bénévoles pour donner une nouvelle image et que les jeunes parlent aux jeunes”. Pour FNE, c’est un tournant important que de faire confiance et d’ouvrir leurs portes à la jeunesse car “pour ramasser des déchets dans la rue, qu’il pleuve ou qu’il vente, le jeune de 15 ans ou de 25 ans va venir contrairement au bénévole de 75 ans”.

À Angers, un vrai paradoxe se remarque entre les mouvements novateurs, jeunes, plus militants et ceux qui sont implantés depuis déjà quelques décennies et qui auront tendance à agir de manière plus feutrée. Par exemple, l’association FNE est légaliste, c’est-à-dire qu’elle respecte la loi et qu’elle n’effectue pas de désobéissance civile contrairement à Extinction Rébellion ou à Youth for Climate. Pour FNE, il faut des personnes plus qualifiées, qui ont des compétences techniques sur certains sujets afin d’avoir une certaine légitimité face aux entreprises ou aux politiques. Les mouvements plus jeunes ont envie d’agir autrement et “sont davantage dans des actions coup de poing en réaction à l’actualité ou à des émotions fortes. Il faut un équilibre des forces pour que ça fonctionne. Il ne faut pas qu’on se ressemble mais qu’on se complète et c’est comme ça que l’on peut aboutir à un résultat”. Ainsi, à Angers, les mouvements n’hésitent pas à s’associer pour faire changer les choses.