Matthias, 23 ans est professeur d’EPS la semaine et le week-end il devient Capo du MAGIC SCOP, groupe de supporter du club d’Angers SCO. Dressé sur un perchoir il ne cesse de chanter pendant les 90 minutes du match. Une passion qui le pousse à ne pas regarder une seconde du match, mais quelles sont ses motivations ?

Un homme debout, micro ou alors mégaphone dans la main, il est dos au jeu et ne cesse de crier, hurler, chanter, haranguer les centaines de personnes qu’il a en face de lui. Cet homme, c’est le capo. Le mot Capo vient d’Italie, qui signifie la « tête » ou le « chef », et son rôle premier est de coordonner et de diriger le groupe de supporter, en lançant des chants, en indiquant la gestuelle qu’ils doivent utiliser. Cette façon de supporter intervient dans les années 60, dans une Italie en pleine mutation sociale. Les jeunes essayent de s’émanciper et décident de créer des groupes de supporter. Le capo devient alors le meneur de ce groupe. 

Nous avons rencontré l’un de ces capos, pour qu’il nous raconte cette passion pour ce rôle si particulier mais essentiel dans un stade de football.

« Je prône un football qui chante et danse pendant 90 minutes », Matthias capo du MAGIC SCOP, depuis deux ans, anime le stade de Raymond Kopa à chaque match d’Angers SCO. Passionné par ce club depuis tout petit notamment grâce à l’influence de son père qu’il accompagnait au stade, Matthias est devenu un fervent supporter d’Angers SCO depuis 2015, lors de leur montée en ligue 1. Jouant au foot depuis son plus jeune âge, tous les jeunes avaient le mot Angers SCO à la bouche, d’autant plus lorsque les joueurs leur rendaient visite et qu’Ils leur signaient des autographes accompagnés de photo qu’ils garderont en souvenir. S’il passe depuis 2 ans le match dos au jeu, c’est son choix et rien d’autre. Pour lui le football, mais aussi le sport en général, se résume en partageant des émotions communes. Et cela passe par des chants, des cris, des sauts. Ce n’est pas frustrant d’aller au match sans pouvoir l’observer, le regarder, l’admirer ? « Au début quand j’ai commencé, mes amis m’ont dit tu payes un abonnement alors que tu ne vois pas le match ». Faut être fou ? « Non ce n’est pas de la folie, ça peut surprendre, mais moi c’est le monde des tribunes qui m’attire, l’ambiance, l’atmosphère d’un stade est tellement particulière », voilà comment Matthias nous résume sa passion pour son rôle. « Parfois je sors d’un match et les gens me disent bah alors le match comment tu les as trouvés, moi je n’en sais rien, ça ne m’intéresse pas ». L’important est ailleurs, « les tribunes sont un show et nous nous sommes les maîtres de ce show ».

“moi j’arrive à voir le match à travers les yeux des gars que j’ai en face de moi”

En allant même plus loin, le football pour Matthias ça ne l’intéresse pas vraiment, les tactiques de jeu, les joueurs qui jouent ou qui ne jouent pas. « Ce que je préfère dans un match de foot c’est l’ambiance. Par exemple il y a eu Lyon-Paris  il y a deux jours, j’ai regardé que 35 minutes, je me déconnecte vite, ça ne me plaît pas vraiment de regarder, je m’ennuie. » Matthias fait partie de ces capos qui préfère regarder le match de football dans les yeux des supporters présents dans la tribune, « moi j’arrive à voir le match à travers les yeux des gars que j’ai en face de moi, lorsqu’il y a une action chaude à ce moment-là je vais me retourner, j’arrive à savoir si le match été bon ou mauvais rien que dans l’atmosphère et les regards des gars que j’ai en face de moi. Voir les gens passer un bon moment me fait également passer un bon moment.”

L’amour du football certes, mais pas plus que l’ambiance des tribunes dit-il : “moi c’est vraiment le monde des tribunes, l’ambiance. On peut perdre mais avoir une ambiance au top, moi je sors du match heureux et content et fier d’avoir pu faire chanter, sauter les gens.” Un défi difficile à relever, comme il l’avoue, lorsque le score est de 3-0 pour l’adversaire et que lui est debout face à des personnes et que la motivation n’est plus trop présente : ” il faut que j’arrive à les faire chanter, et je me sens parfois seul en haut de mon perchoir.”

Au-delà de représenter un club, des supporters, Matthias revendique représenter une ville, sa ville, lui le gamin originaire d’Angers est fier de défendre les couleurs de sa ville qu’il aime temps. « Moi je suis originaire d’Angers et je suis fier de défendre la ville dans tous les stades de France ».

Ce match des tribunes est bien présent

Crédit: Loic Chauvin

Les supporter ont eux aussi un match à jouer tous les week-ends, celui des tribunes. « Y a une compétition c’est clair, entre les groupes de supporter ». Ils n’ont pas de numéro derrière le dos, ils ne doivent pas respecter un schéma tactique prédéfini et pourtant, tout doit être calculé, ou presque car la part de surprise et d’imprévu fait également partie du spectacle, « les chants ça se fait au feeling et par rapport au contenu du match. C’est le match qui influence nos chants ». Lors d’un moment important du match des chants populaires, « J’ai tendance à lancer des chants que tout le monde connaît après un but afin de mettre une ambiance chaude ». il continue, « mais il vrai que le rythme et la réaction des gars en face de moi dépendent du match de notre équipe ».

Chaque capo à sa stratégie pour Matthias, l’humour, l’autodérision et le chambrage sont trois facteurs de son rôle de capo. « Faire rire les gens que j’ai en face de moi est important. Je peux aussi chambrer les gars que j’ai en face de moi afin de les détendre et de les motiver davantage. »

Mais ce rôle il ne s’improvise pas et pour le soutenir, Matthias a pu compter sur l’aide de l’ancien capo du MAGIC SCOP, qu’il considère comme son mentor. Matthias arrive à relancer ses troupes et l’envie d’être plus présent que la tribune adverse ne cesse de grandir. Le match des tribunes, ou le championnat des tribunes comme le précise Matthias, est un réel élément motivant chez les supporters où le capo n’hésite pas à les secouer en leur précisant “qu’il ne veut pas entendre un son des supporters adverses”. Ses discours qui deviennent plus prenants selon les rivalités entre les clubs, sont ancrées depuis des années. Au-delà du suivi sportif, les supporters suivent également ce que les autres groupes réalisent au niveau des tifos, l’animation visuelle qui forme un motif de grande envergure en soutien à leurs clubs, des chants ou même au niveau des déplacements à l’extérieur des supporters pour toujours vouloir faire mieux. 

À Angers, la particularité est qu’on ne retrouve pas un mais deux capos qui se partagent le podium. Le deuxième est lui, capo du groupe du Kop de la Butte, une liaison qui plaît autant aux capos qu’aux supporters “être à deux permet de motiver davantage des deux côtés, c’est un point positif, puis on s’entend bien alors il n’y a pas de problème.” Deux identités très différentes qui sont nés d’un noyau, “ce noyau qui intègre les gens les plus motivés” et qui naturellement désigne les capos les plus aptes à prendre le flambeau des anciens capitaines.

Ce noyau qui suit même dans les déplacements, Matthias nous explique qu’il ressent encore plus l’importance de son rôle lors des matchs à l’extérieur. Certes cela ne change pas grand-chose physiquement, hormis le fait qu’il n’a plus son perchoir et son micro, mais que l’ambiance, et l’effet fédérateur il le ressent beaucoup plus “moi je préfère les déplacements au match à domicile {…} on est cinq heures à se déplacer ensemble, on est toute la journée sur la route ensemble, on boit des coups ensemble, on crée des liens.” Un effet fédérateur qui les pousse à  “faire entendre notre ville dans une autre ville.”