Des invités surprise, un événement de dernière minute à fêter, ou une envie d’apéro ? À Angers, il est possible de se procurer de l’alcool sans sortir de chez soi, en faisant appel aux services de l’indépendant Mad Apéro ou encore de Night Fever via la plateforme Uber Eat. La livraison d’alcool à domicile de nuit est une bonne alternative quand on n’a pas envie de sortir de chez soi, où quand l’épicerie du coin est fermée.

Les premiers verres d’un nouveau service atypique

La livraison d’alcool est née grâce aux besoins des individus : certains ne voulaient plus se déplacer de chez eux ou errer dans la ville en pleine nuit pour tenter de trouver une épicerie ouverte. Ce service répond à un changement de consommation de la part des utilisateurs qui commandent de plus en plus via des plateformes de livraison. Le manque de temps, d’envie et l’émergente croissante de l’ubérisation a conduit les professionnels à s’adapter, ce qui a amené les services de livraison d’alcool à voir le jour. Maintenant, implanté partout en France, ce service dispose d’un modèle économique instable, fluctuant et indépendant. Ces entreprises ne peuvent prévoir un flux de commandes aussi facilement qu’une chaîne comme McDonald’s ou un bar classique. Pour autant, certaines exceptions sont prévisibles : les fins de partiels, les jours fériés ou lors de soirs de matchs.

La légalité ne tient qu’à un fil ?

La question de la légalité de ce type de livraison est l’une des premières choses à laquelle nous pensons lorsque l’on aborde le débit de boisson. Aussi étrange que cela puisse paraître, les services de livraison d’alcool à domicile n’ont pas besoin de la fameuse licence 4 pour vendre de l’alcool étant donné qu’ils ne sont pas un bar et n’effectuent donc pas de ventes fixes. C’est grâce à une autorisation du préfet que la livraison peut avoir lieu, mais comme vous vous en doutez, sous certaines conditions. Les livreurs sont tenus de vérifier la majorité de l’individu normalement à chaque vente, mais les livreurs le font principalement lorsqu’ils ont un doute. Ils se gardent aussi le droit de refuser la transaction quand l’individu est trop éméché ou différent de celui qui a commandé pour éviter les malentendus. Juridiquement, on sent bien que la livraison d’alcool peut aisément jouer sur les mots et slalomer entre les lois sur le débit de boisson : les livreurs rencontrés nous ont avoué n’avoir jamais été contrôlés par l’URSSAF. Sans étonnement, on nous a confié qu’il existait bien un vice dans la loi permettant la livraison d’alcool à domicile ; mais il existe un risque à investir dans ce domaine car demain, une nouvelle loi sur la restriction de vente d’alcool à domicile nocturne peut voir le jour. C’est donc tout un service qui s’écroulerait.

Avec un chiffre d’affaires en augmentation de 39 % par an en 2019, la livraison d’alcool à domicile est en plein essor et connaît un boum fulgurant dans la plupart des grandes villes, étudiantes de France.

Même si paradoxalement, les étudiants ne sont pas les premiers clients de ces services, car en général, ils ont moins de moyens que les jeunes ou anciens actifs.

Night Fever sur Uber Eat

Le trajet de la bouteille

Que se passe-t-il lorsque vous cliquez sur le bouton “commander” ? En amont, il faut bien s’approvisionner : les bouteilles sont achetées à Métro ou à Leclerc, puis sont stockées dans un local pour Night Fever tandis que Mad Apéro, indépendant dépose le tout à son domicile. La livraison se fait via le site internet ou par l’envoi d’un SMS en indiquant la ou les bouteilles désirées suivi de l’adresse postale (les livreurs sont avertis par une notification de la commande en cours). Ensuite, Youssef le livreur que nous avons suivi téléphone à la personne à chaque fois pour vérifier son état d’ébriété. Ensuite, il renvoie un SMS en indiquant approximativement le délai qu’il pense tenir pour livrer, en veillant à ne pas dépasser les 30 minutes maximum. Les bouteilles se trouvent directement à l’arrière de sa voiture, il prépare la commande au cas par cas en ouvrant simplement son coffre. Youssef notre livreur nous avoue travailler de cette façon car il perdait un temps considérable à faire l’aller-retour jusqu’à chez lui où il stockait les bouteilles. C’est aussi la raison pour laquelle il a revu à la baisse son secteur de livraison, même s’il fait quelques exceptions comme faire plus de 30 kilomètres pour une commande passée d’un montant de 200 euros.

Peu importe qu’il soit 21h ou 4h du matin, notre livreur reste en alerte pour approvisionner vos bars, même si la fatigue se ressent, Youssef qui travaille également la journée dans un bureau enfile sa casquette de livreur le soir. Avec une moyenne de 15 livraisons par jour, le rythme est intense, il nous a confié être épuisé. Les jeudis, vendredis et samedis sont des soirs de forte affluence pour les bouteilles, atterrissant sur de multiples tables d’apéro. Toutes ces bouteilles sont apportées en main propre et leur prix est similaire à celui d’une épicerie, on retrouve donc sur nos tables de salon, bières, whisky, rhum ou encore vodka. Mad Apéro propose même des “kits” constitués de gâteaux apéros, de soft et d’alcool. Une fois arrivé chez le client, Youssef leur demande de descendre, il veut voir leur état en personne et cela évite une perte de temps supplémentaire ; le règlement se fait uniquement en carte bancaire ou en espèces.

À l’époque de Joke Apéro, actuellement Night Fever, Mathieu, un livreur nous a confié tenir une blacklist avec le nom de toutes les personnes un peu trop éméchée, impolies voire un peu trop violentes : sur son répertoire de 4000 clients, 500 ont été blacklistés. C’est cette même entreprise qui a décidé d’ubériser le procédé puisque désormais, contrairement à Mad Apéro, ils ne vendent rien à part du service via Uber Eat. Selon les convictions de Mathieu, c’est cette mise en relation entre le prestataire et le client qui est l’avenir de ces services puisqu’elle permet de minimiser les coûts. Quant à Youssef, il voit plutôt sa bouteille continuer à faire ce petit voyage, car d’après lui, Uber est déjà obsolète : rapidité et satisfaction sont les maîtres-mots de notre livreur. Les missions d’un service de livraison d’alcool sont de garantir une bonne relation client, de maintenir une bonne image de marque pour fidéliser tout en dégageant soi-même une image de livreur “sympa” et “cool”. Il faut aussi donner l’illusion d’une entreprise locale, à taille humaine qui n’est pas là pour arnaquer ses clients, mais pour les dépanner. Le service n’a pas besoin d’une communication étincelante, mais simplement du bouche à oreilles.

“ Une fois, on a même sauté dans mon camion” !

Quand on est livreur, ce n’est pas tous les jours facile et on en voit passer des choses… ! La vie nocturne mélangée à l’alcool a le pouvoir d’engendrer des comportements parfois surprenants. La livraison de nuit doit répondre à des règles strictes et la fameuse “bouteille” doit attendre un certain nombre de vérifications de son futur consommateur avant d’atterrir sur sa table. L’état mental et physique de la personne ayant passé commande est primordial aux yeux de nos livreurs. L’un nous a confié une fois être tombé sur un homme en pleurs à cause d’une rupture dans le seul but de noyer son chagrin dans l’alcool… Par éthique, Youssef a refusé de lui vendre la commande désirée, mais il est monté chez lui pour lui livrer juste une bière et en profiter pour appeler un ami à lui afin de lui tenir compagnie dans cette situation difficile. S’il arrive un problème après une livraison, c’est Youssef et sa bouteille qui en sont responsables.

Heureusement, toutes les histoires de notre petite bouteille ne sont pas destinées à une fin tragique ou sombre. La bouteille, c’est avant tout l’apéro, les amis et du bon temps. L’alcool rapproche, fédère et parfois même désinhibe. Un des livreurs nous a avoué tout en chuchotant avoir déjà reçu une demande de paiement en nature ou encore qu’on lui demande d’arriver nu contre rémunération pour venir donner une séance de go go dancing. Une fois, c’est littéralement une course-poursuite digne des plus grands films qui s’est déroulé à la Roseraie puisque Mathieu nous a raconté qu’un de ses collègues s’était fait courser par deux hommes en moto cross. Ou encore l’histoire de l’homme qui a sauté dans le camion au moment de repartir pour rester à l’arrière où se trouvent les bouteilles, sûrement pas juste pour surveiller le stock.

À quand le prochain apéro ?