Si depuis quelques années on ne peut plus ignorer le phénomène d’agribashing et la crise des vocations dans ce secteur, le monde agricole entame une révolution et met tous les moyens en œuvre pour promouvoir leurs métiers et leurs pratiques.

“L’agribashing c’est le symbole d’une société qui perd un peu ses racines” : 26% des Français affirment ne pas avoir confiance dans les agriculteurs et leurs productions en 2019 selon une étude IFOP.

Une profession mise à mal

Du « bouseux » au « pollueur », depuis des siècles, la vision du monde agricole n’a de cesse d’être mise à mal. Aujourd’hui ce phénomène a un nom : l’agribashing (Agriculture – Bashing). Ce terme est très utilisé par les médias, les consommateurs ou encore les syndicats agricoles. Emprunté à la langue anglaise, ce mot signifie un « dénigrement » voire un « lynchage médiatique » sur la fibre agricole et en particulier sur les élevages et les exploitations non biologiques. Mais quand l’expression est-elle apparue ? De manière très anecdotique, l’agribashing voit le jour sur Twitter. C’est Gil Rivière-Wekstein (@AEGRW sur Twitter), fondateur et rédacteur de la revue Agriculture & Environnement, qui a émis en premier cette idée en mars 2016. C’est seulement deux années plus tard que le mot s’est démocratisé. Les médias et la Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles (FNSEA) se sont emparés du terme « agribashing » pour poser un mot sur le mal-être des agriculteurs.

La montée du phénomène agribashing est, entre autres, liée à la hausse des intrusions et des agressions dans les élevages par les militants antispécistes. La FNSEA a comptabilisé le nombre d’intrusions des militants animalistes dans les fermes françaises : il est passé de 8 en 2017 à 41 en 2019. Le ministre de l’agriculture, Didier Guillaume, a mis en place une cellule spéciale du nom de Déméter (déesse de l’agriculture et des moissons dans la mythologie grecque), afin de protéger les agriculteurs de ces intrusions. 

Infographie : Hausse des intrusions des les exploitations agricoles

Depuis le début du XXème siècle, l’Europe connaît une diminution sans précédent de son nombre d’exploitations agricoles. Plus de 30% de ces exploitations européennes ont disparu laissant derrière elles, dans la majorité des cas, des terrains inutilisés par les exploitants agricoles. Éric Robert, agriculteur de 58 ans et éleveur de volailles au Plessis-Macé se dit “très inquiet pour la relève du futur agricole” car la conséquence directe de cette diminution sera “l’augmentation significative de la taille des exploitations agricoles et donc des investissements encore plus lourds, ça ne sera plus des fermes familiales comme auparavant”. Aujourd’hui, la passation du métier d’agriculteur entre le parent et l’enfant ne suffit plus, la profession “doit s’ouvrir aux jeunes générations issues du monde non agricole”. Sur trois exploitations agricoles, une seule trouvera acquéreur. Et ça n’aide pas à trouver des repreneurs, la société possède aujourd’hui une image globalement négative de l’agriculture.

L’utilisation du mot agribashing et la vision du monde agricole font toujours débat. Selon François Veillerette, directeur de l’association “Les Générations Futures”, l’agribashing est un effet de mode, perpétré par la FNSEA et par l’Etat français. Pour lui, ce phénomène ne devrait pas exister car ce ne sont pas les agriculteurs qui sont visés mais le système agricole. Dans le même esprit, Yves Lepage, président de la Sauvegarde de l’Anjou affirme que l’agribashing est “un terme qui n’a pas lieu d’être. Tout le monde fait du “bashing”, nous avons le droit de critiquer”. Quant à Xavier Métay, coordinateur de France Nature Environnement (FNE) à Angers, son avis est arrêté sur la question. L’agribashing “n’existe pas. C’est une victimisation qui montre une image désastreuse des agriculteurs aux consommateurs. L’agriculture est stigmatisée par l’ensemble de la population selon eux mais finalement, l’agribashing cache la vraie problématique : Comment gérer les problèmes vitaux des agriculteurs ainsi que leurs méthodes de travail ?” L’association défend une autre idée de l’agriculture. Elle se montre positive et prend le contre-pied de l’agribashing en prônant l’agriloving. Tout l’inverse. René Siret, directeur de l’Ecole Supérieure de l’Agriculture (ESA) à Angers, est plus modéré sur la question, “L’agribashing est un mot valise qui veut tout et rien dire. On observe un certain mépris sur l’agriculture en général. Ce sont les médias qui ont poussé à l’extrême ce phénomène”. Clément Traineau, agriculteur à Chemillé-en-Anjou et adhérent aux Jeunes Agriculteurs (JA), pense autrement. Membre de la 6ème génération d’une famille qui a bâti sa vie dans l’agriculture, selon lui, l’agribashing est un sujet “assez large qui mérite une bonne explication. C’est le symbole de la société qui recherche ses racines. Les consommateurs sont dans l’incompréhension par rapport aux différentes explications données. Il faut désormais faire attention avec Internet, et surtout les réseaux-sociaux.

Que l’on adhère ou pas au phénomène d’agribashing, les chiffres, eux, ne trompent pas. Selon des statistiques publiées par la MSA, le régime de sécurité sociale agricole, le nombre d’agriculteurs continue de baisser chaque année : 13% de moins entre 2008 et 2018. Et ça ne semble pas prêt de s’arranger lorsque l’on se penche sur la question. En effet, plus de la moitié des chefs d’exploitations agricoles a plus de 50 ans (hommes et femmes confondus) et seulement 1 agriculteur sur 5 a moins de 40 ans. Le papy-boom impacte l’avenir de nos campagnes. En d’autres termes, nous assistons à un vieillissement de la profession agricole. Face à ces nombreux départs à la retraite, les jeunes appelés à reprendre les exploitations restent très minoritaires. La menace d’une pénurie de jeunes exploitants agricoles en France pointe.

“La principale cause de la diminution du nombre d’exploitants agricoles, c’est le revenu”

Mais ce déclin de l’engagement des jeunes et la crise des vocations dans ce secteur ne seraient pas entièrement dû à l’agribashing. “Aujourd’hui c’est compliqué pour les jeunes parce qu’il faut la motivation, il faut le financement, il faut un climat qui soit propice, qui donne goût à s’installer. Nous avons un métier qui est lourd en termes de main d’œuvre, de temps libre, nous ne sommes pas forcément à la hauteur de tout le monde. Les jeunes qui sortent des formations sont donc attirés par d’autres choses que l’agriculture”, explique Éric Robert. La restructuration de l’agriculture et des exploitations ainsi que la diminution des surfaces cultivables du fait de l’urbanisation contribuent aussi largement à cette crise. René Siret affirme également que beaucoup de ses étudiants décident de partir à l’international et de tester d’autres postes avant de reprendre l’exploitation familiale, ce qui peut expliquer l’augmentation de la moyenne d’âge des agriculteurs et de ce papy-boom.

Le financement serait tout de même la cause majeure dans la baisse des vocations : “Ce n’est pas l’agribashing qui cause la diminution du nombre d’exploitants agricoles. La principale cause c’est le revenu, problématique à laquelle les États Généraux de l’Agriculture (EGA) auraient dû répondre” déclare Clément Traineau. Selon un rapport de l’INSEE dévoilé en novembre 2019, malgré un revenu moyen de 1390€ par mois, 19,5% des agriculteurs n’ont pas pu se verser de salaire en 2017 et sont même parfois déficitaires car le prix de vente de leurs produits est largement inférieur à leurs coûts de productions. Les conjoints sont souvent contraints de travailler en dehors de l’exploitation pour subvenir aux besoins de leur foyer : 31% des revenus d’un agriculteur en Pays de la Loire proviennent d’activités non agricoles en 2017. Certains secteurs restent tout de même beaucoup moins touchés par cette crise comme la viticulture ou le maraîchage. “Un gros souci dans l’agriculture c’est que ça ne rapporte pas aujourd’hui. Le prix du lait, c’est le même qu’il y a 30 ans, le prix de la viande c’est le même, le prix du blé c’est pareil… Pour motiver les jeunes, il faut quand même un climat intéressant pour investir. Aujourd’hui nous nous rendons compte qu’il y en a beaucoup qui sont limités financièrement car il y a un problème de revenu” témoigne Éric Robert. Au sein même de l’ESA, René Siret n’a pas de solutions miracles : “Je rencontre beaucoup plus de gens qui ont envie d’avancer plutôt que l’inverse. Et ceux qui n’ont pas envie d’avancer, ce n’est pas qu’ils n’ont pas envie mais c’est qu’ils ne peuvent pas financièrement. C’est là où notre rôle d’école est un petit peu plus limité car nous ne sommes pas une banque”. C’est pour ça que de nombreux agriculteurs jettent l’éponge devant cet avenir en entonnoir. 

Susciter des vocations, au cœur des préoccupations

Depuis quelques années, de plus en plus de craintes émergent par rapport à l’avenir du métier d’agriculteur et plus généralement autour de l’agriculture. Cependant, lorsque l’on se penche réellement sur cette crise des vocations des jeunes du secteur agricole, nous pouvons constater un certain paradoxe. “On connaît une crise des vocations pourtant les filières d’élevage dans les lycées agricoles sont pleines” affirme le député de La République en Marche de la Creuse et éleveur de vaches limousines dans l’émission “Ça vous regarde” diffusée sur LCP le 20 février 2020. En revanche, les chiffres, eux, nous montrent une certaine diminution des effectifs d’étudiants dans l’enseignement agricole. Selon le Ministère de l’agriculture et de l’alimentation, il est possible d’observer une baisse de 2,7% d’étudiants entre la rentrée 2018 et 2019 (142 202 élèves en 2018 contre 138 363 en 2019).

Infographie : Chute du nombre d’élèves dans l’enseignement agricole

Du haut de ses 120 ans, l’ESA compte aujourd’hui plus de 2 500 étudiants répartis dans une cinquantaine de formations. Malgré les craintes sur les vocations des jeunes, notamment en lien avec l’agribashing, René Siret explique : “Nous avons toujours des étudiants, des jeunes et je trouve que c’est la meilleure preuve pour montrer que l’agribashing n’atteint pas totalement les vocations. Nous n’avons jamais eu de baisse, peu importe les filières et les années”. Pour le coordinateur de FNE, Xavier Métay, ces informations se confirmeraient même dès le lycée où l’”on retrouve beaucoup de jeunes très motivés”. Ces craintes liées au phénomène d’agribashing ne concerneraient alors pas tous les secteurs et toute la population : “L’impact de l’agribashing dans un établissement tel que le nôtre, par rapport à des crises de vocations etc., est limité. Je dirai que c’est plus le consommateur moyen ou le citoyen lambda qui le ressent” commente René Siret. Quant à l’ESA, il tient à nous signaler que “l’image négative ne démotive pas les enseignants car nous sommes des professionnels”. L’établissement ne semble pas atteint négativement par l’agribashing, même s’il est important pour eux d’inscrire ce phénomène dans leurs différents cours. “L’agribashing est pour nous l’occasion d’ouvrir des débats entre les étudiants et les professionnels, nous nous servons de ce phénomène pour faire avancer les grands enjeux de l’agriculture d’aujourd’hui. Donc chez nous l’agribashing ne crée pas des craintes mais plutôt du débat”. Il en est de même à l’Ecole Supérieure d’Agro-Développement International (ISTOM), où Éric Ducoudray, directeur général, “estime qu’aujourd’hui un étudiant a totalement les moyens de réagir et de défendre un message qui permettra d’éviter qu’il y ait uniquement une vision négative de l’agriculture et des pratiques agricoles”.

“Nos étudiants sont de très bons vecteurs de communication”

Aujourd’hui plus que jamais, le métier d’exploitant agricole est à un tournant de son existence et c’est pourquoi la promotion de ces métiers est vraiment au cœur des préoccupations des agriculteurs, mais aussi des syndicats et des écoles. L’un des exemples les plus flagrants sont les sessions de Renouvellement des Générations en Agriculture (RGA) mises en place une fois par an par le syndicat des Jeunes Agriculteurs. Ces sessions consistent à réunir pendant quelques jours les responsables du réseau JA, dans le but de trouver des solutions afin de promouvoir le métier d’agriculteur et l’accompagnement des jeunes qui se lancent dans le métier. Clément Traineau, producteur de viande bovine et membre des JA souligne que “cette promotion se fait également grâce aux interventions dans les écoles et par l’image que reflète le métier dans la société. Nous ne voulons pas que tout le monde soit agriculteur, mais nous souhaitons que tout le monde prenne conscience du métier et que la confiance revienne”. Du côté de l’ESA, susciter des vocations est également au cœur des préoccupations. “On participe à des salons professionnels comme le salon de l’agriculture, le SPACE à Rennes (plus gros salon national et international autour des productions animales) et nous faisons aussi plus de 35 salons étudiants par an”, confie René Siret. Éric Ducoudray ajoute que “les étudiants sont de très bons vecteurs de communication, ils savent expliquer la formation d’une autre manière, c’est très interactif et c’est plus intéressant pour un lycéen d’entendre un élève de première année plutôt qu’un professeur”.

Comme le témoigne Clément Traineau, cette promotion peut aussi passer par d’autres moyens. “Les Jeunes Agriculteurs de l’Ile de France ont créé un numéro vert #iciLaTerre et il y a toujours un agriculteur qui répond au bout du fil. Depuis qu’ils le font, les gens appellent pour poser des questions sur l’agriculture, et au moins ils ont une réponse sans avoir besoin d’aller sur Google”. Clément tient également à mettre en garde le citoyen lambda, “Il ne faut pas toujours se fier à Internet, c’est très bien car il y a plein de sources d’information mais les gens ont du mal à faire la part des choses entre la bonne et la mauvaise information, il faut qu’ils se fassent leur propre avis”. Selon ce dernier, l’une des difficultés majeures pour attirer les jeunes et leur donner envie de se lancer dans le métier d’agriculteur résiderait dans un problème d’influence de décisionnaires, ces personnes ayant une certaine force de persuasion et de parole, “je pense qu’il y a une minorité bruyante qui stigmatise les agriculteurs”. En parallèle, il est persuadé que “la société en général aime bien l’agriculture… Au salon de l’agriculture, on se rend compte que les gens sont heureux de nous rencontrer, de connaître nos pratiques, de savoir ce que l’on fait. Et pour nous c’est valorisant d’expliquer notre métier”.

Etudiants de l'ESA
© ESA

Agri-loving, agri-influenceurs, agri-communication

“Je crois qu’il faut déjà que nous construisions une image qui soit relativement saine du métier mais nous avons du mal à communiquer” affirme Éric Robert, éleveur de volailles.

Aujourd’hui, beaucoup témoigne d’un manquement en termes de communication dans le milieu agricole. C’est pour cela que certains agriculteurs franchissent le pas des réseaux sociaux et veulent passer de l’agribashing à l’agriloving et à la communication positive. “Ce mouvement de réponse a démarré par rapport à l’agribashing, c’est pour remettre une réalité en face de tout ce qui dénature, tout ce qui est inventé.”, déclare Éric Robert.

Les agriculteurs estiment que le monde rural est moins bien connu de la population qu’auparavant. Ils sont alors de plus en plus nombreux à se qualifier d’influenceurs. Si l’on associe plus facilement ce terme au domaine de la mode, certains exploitants prouvent aisément que chaque secteur d’activités peut communiquer sur son métier à travers les réseaux sociaux. Etienne, @agrikol de son pseudo Twitter, est un agriculteur influenceur et l’un des précurseurs dans son domaine. “Avec l’ampleur qu’ont pris les réseaux sociaux nous n’avons pas le choix, il faut que nous soyons dessus pour communiquer et expliquer la vérité de l’élevage aux consommateurs” confiait-il au micro de France Inter le 16 février dernier. Sur ses comptes YouTube (Etienne, agri youtubeurre) et Twitter (@agrikol), il comptabilise en tout, près de 55 000 abonnés. Avec presque une centaine de vidéos à son actif sur YouTube, ce producteur laitier de la Sarthe ne manque jamais d’inspiration pour parler de sa profession : “Je partage et j’explique mon métier tous les jours sur les réseaux sociaux. C’est comme si je faisais venir tous mes abonnés dans ma ferme”.

Publication Twitter de @agrikol du 8 mars 2020

Près d’Angers des agriculteurs suivent aussi le mouvement. Depuis 2017 Clément Traineau (@TraineauClement sur Twitter), producteur de viande bovine de 35 ans à Neuvy-en-Mauges, une commune de Chemillé-en-Anjou, s’est emparé de Twitter. Son envie de s’exprimer par le biais des réseaux sociaux est apparue avec la montée de l’agribashing. À ses débuts, sa motivation première était de répondre aux attaques des détracteurs, des végans ou des antispécistes. “Maintenant j’ai changé ma façon de répondre car ça ne sert à rien d’insister avec des personnes qui ne veulent pas entendre. Nous ne pourrons jamais entièrement convaincre tout le monde, mais le plus important est de les informer. J’essaie vraiment de m’interdire de répondre à des attaques basses, mais ce n’est pas toujours évident” confie Clément. C’est aussi ce qu’il tente de réaliser sur le compte Twitter du syndicat agricole des Jeunes Agriculteurs du Maine-et-Loire (@JeunesAgri49) qu’il actualise quotidiennement et dont il fait partie. “Ce qui est bien c’est que contrairement à d’autres syndicats sur les réseaux sociaux, nous parlons en notre nom car nous n’avons pas de chargé de communication ou de community manager”. Et si le jeune exploitant agricole passe en moyenne 5 heures par semaine sur Twitter, c’est dans l’objectif de faire évoluer les mentalités : “Même si ça ne va pas changer du jour au lendemain, les positions commencent à évoluer notamment grâce aux médias qui délivrent progressivement des messages de plus en plus positifs au sujet de l’agriculture”

Clément Traineau et ses vaches
Clément Traineau, 34 ans, producteur de viande bovine à Neuvy-en-Mauges (49) © Cécile Muzard

“Je connais des enfants qui sont au lycée et ils ont quasiment honte de dire qu’ils sont fils d’agriculteur”

En parallèle de son exploitation, Clément a eu l’opportunité de commencer son activité en ligne grâce à l’association France Agri Twittos créée en 2017. Grâce à leur hashtag distinctif #FrAgTw, l’association s’inscrit dans une démarche de communication positive et permet de réunir des agriculteurs afin de communiquer sur la réalité de l’agriculture en 2020. Selon René Siret, “l’agriculture doit se réformer en termes de communication, nous ne sommes pas de très bons communicants”. Aujourd’hui, les agriculteurs veulent assurer eux-mêmes leur communication. Pour les y aider, France Agri Twittos n’a pas hésité à éditer un livret dans le but de guider les agriculteurs dans leur nouvelle communication : Comment communiquer efficacement quand on est agriculteur (et qu’on manque de temps !) : Petit guide pratique pour s’exprimer de façon simple.

Pour une partie de la population qui ne peut pas avoir les moyens de se déplacer ou qui ne connaît personne dans les campagnes, les agri-influenceurs permettent de recréer du lien, à distance, entre la société et le monde agricole. Clément ajoute que l’agribashing n’est pas la principale cause de la baisse du nombre d’agriculteurs mais pour autant, elle n’aide pas à susciter des vocations chez les jeunes : “Moi je connais des enfants qui sont au lycée et ils ont quasiment honte de dire qu’ils sont fils d’agriculteur car ils ne veulent pas être traités de “pouilleux”. C’est quand même grave d’en être rendu-là”. Dans ce climat tendu, les agri-influenceurs jouent alors un rôle très important étant donné que la promotion de la profession passe inévitablement par les réseaux sociaux, secteurs privilégiés des plus jeunes : “Je pense que ces agriculteurs influenceurs peuvent susciter des vocations chez les jeunes. Et peut-être que ces jeunes-là voudront devenir agriculteur plus tard et qu’ils s’inscriront dans des lycées agricoles”, espère Clément. 

Pour contrer l’agribashing, les Jeunes Agriculteurs ont lancé l’association et le mouvement agriloving, qui est maintenant repris en masse sur les réseaux sociaux avec les hashtags #Agriloving, #Compositive ou encore #CommunicationNonViolente, dans le but de “créer une campagne de communication marquante, différente, décalée, qui interpelle le grand public” comme nous pouvons le lire sur leur site agri-loving.fr. Ça consiste à mieux communiquer, écouter, répondre pour aborder de façon positive et bienveillante les divergences et les conflits grâce à un dialogue constructif. “Nous avons inventé ce terme car il ne faut pas ressasser ce qui ne va pas, il faut aussi et surtout montrer ce qui va bien et c’est ce que nous avons à cœur de faire dans notre communication” témoigne Clément Traineau. Pour Xavier Métay de l’association France Nature Environnement à Angers, le message est clair : “Nous on aime les agriculteurs, il n’y a pas d’agribashing, nous utilisons seulement le terme d’agriloving. Il faudrait inverser toute la communication qui s’est instaurée ces 30 dernières années et en 10 ans nous pourrions totalement changer les choses. Les agriculteurs ne sont plus maîtres de leur métier, ils doivent retrouver leur fierté, leur liberté”. L’agriloving restaure une profession aussi mal aimée que mal connue et vient donner le change aux amateurs tenaces de l’agribashing. Pas à pas, les agriculteurs osent se réinventer afin que la société change de regard sur le monde et les pratiques agricoles.

Campagne de communication – Agriloving – ”On ose même créer de l’emploi en France”