Issam Azem, 28 ans, a fuit la Syrie plein d’espoir il y a deux ans désormais. Il a traversé des milliers de kilomètres, vu l’horreur mais aussi l’humanité.

C’est en regardant fixement dans sa tasse de café qu’il commence à raconter son histoire. “J’ai vu tout ce dont l’humain est capable tu sais.” L’émotion s’empare de lui, ses mains se tendent. “Je suis partit d’Alep, c’était une magnifique ville. J’y ai passé toute ma vie. Mais quand la situation est devenue insupportable, j’ai fuit. Ces bombardements constants, ces bruits de balles qui fusent, c’était horrible. Tu pouvais te prendre une balle perdue n’importe quand, il suffisait de sortir la tête dehors et tu avais toutes tes chances d’y passer. Pourtant, on n’avait rien fait, rien demandé pour cela. Tout ce qu’on voulait c’était la paix, oui c’est ça, la paix. J’étais avec ma mère ce jour là. Ce jour où j’ai voulu partir. J’ai supplié ma mère de venir avec moi, mais elle n’a pas voulu. Après avoir fait tout ce que je pouvais pour l’emmener avec moi, j’ai dû m’obliger à l’abandonner. J’abandonnais pas que ma mère d’ailleurs, j’abandonnais ma famille entière, mes amis.  J’ai préparé quelques affaires, pris le peu d’argent que j’avais et je suis partit. J’ai pris la direction de Rajo, tout au Nord. J’en ai eu pour plus d’une journée de marche. J’étais épuisé quand je suis arrivé, mais heureux. Heureux car j’étais sur le point d’arriver en Turquie. Tout ce que je voulais, c’était rejoindre l’Europe et fuir cet enfer.”

L’horreur en Turquie

“Je souhaite à personne ce que j’ai pu vivre là bas” assure Issam en commençant son récit sur son passage en Turquie. “Déjà j’arrive à la frontière. Je devais pas me faire attrapper sinon on me renvoyait chez moi. J’ai rencontré un homme qui lui aussi avait tout quitté. Il m’a dit qu’il y avait un camp de réfugiés à quelques dizaines de kilomètres d’ici. Il savait où était ce camp, j’avais nulle part où aller, alors je l’ai suivi. On a marché pendant trois jours. Pour manger, on a dû voler dans des petits magasins. Je me sentais mal de faire ça mais j’avais pas le choix. Quand on parlait entre nous et que des gens nous entendait, on été observés. Pas observés normalement, on nous regardait mal, avec méchanceté. On s’est même fait insulté, craché dessus. C’était vraiment la pire chose que j’avais vécu mais ça nous a pas empêché d’avancer. Quand on est arrivé dans le camp…” Issam marque un temps d’arrêt. “Excuse moi. Quand on est arrivé dans le camp, j’ai été terrorisé. J’ai vu des gens vivre dans des espèces de maisons faites de tôle et de matériaux pourris, presque rien pour manger et dans une saleté incroyable. Je me suis dit que j’allais pas pouvoir rester là plus de quelques heures, au final j’y suis resté deux mois. Le premier soir, je me suis couché presque à même le sol. J’avais rien pour me réchauffer. Le lendemain, quand je me suis réveillé, on m’avait volé tout mon argent. A ce moment là, j’ai hésité à rentrer. Je l’ai pas fait parce que si j’était parti, c’était pour le mieux. La vie dans le camp, c’était dur. Très dur. On avait que très peu de nourriture de distribuée, mais on s’entraidait. Si quelqu’un avait besoin d’aide, on l’aidait. On faisait du troc surtout. Au bout de deux mois, j’en pouvais plus. Je voulais l’Europe, alors je suis partit. J’ai quitté le camp et j’ai commencé à traverser le pays. Je volais, dormais dans la rue et marchais tout le temps. J’ai dû mettre plus de dix jours à atteindre la frontière avec l’Europe, près d’Edirne.

Le rêve européen

Je suis arrivé en Grèce, à Soufli si mes souvenirs sont bons. Je touchais enfin au but !” Pour la première fois, Issam arborait un large sourire. “Je voyais l’Europe, celle dont on m’avait toujours parlé. Grande, riche, belle, le rêve quoi. Je voulais m’installer en Grèce, mais après quelques jours, j’ai vite changé d’avis. J’ai vu un pays pauvre, très pauvre, où les gens galèrent tous les jours. Ça m’a presque rappelé l’état dans lequel était la Syrie quand je suis partit. Je me suis alors dit que je devais aller vers les gros pays comme la France ou l’Italie. Mais je voulais pas y aller sur ces vieux bateaux qu’empruntent tous les autres réfugiés. J’en avais marre de risquer ma vie. Alors j’ai voulu travailler pour gagner de l’argent. Mais personne n’a voulu de moi. C’est normal, j’étais un clandestin, ils voulaient pas prendre de risques. Alors j’ai pris mes affaires et j’ai une nouvelle fois commencé à marcher. Je suis arrivé en Albanie, dans une ville qui s’appelle Vlora. J’en pouvais plus de marcher, j’étais épuisé. J’ai eu un titre de séjour par je ne sais quel miracle. J’ai pu travailler quelques temps pour économiser un peu. Je voulais tellement mettre de l’argent de côté que je mangeais qu’une fois par jour et que je me logeais dans un tout petit appartement qui me coûtait trois fois rien. Quand j’ai enfin eu l’argent pour prendre le bateau, j’ai foncé. Mon titre de séjour arrivait à sa fin, je devais pas perdre de temps.

L’arrivée en France

Je suis en France depuis un peu plus d’un an maintenant. Je compte y rester toute ma vie. Quand je suis arrivé, à Marseille, j’ai galéré. J’étais seul, je parlais pas la langue et je connaissais rien au pays. Alors j’ai traversé le pays et je suis arrivé ici, à Angers. Là, j’ai trouvé plusieurs associations qui m’ont accompagné. Elles m’ont logé, appris la langue et m’ont aidé à avoir un titre de séjour et un travail. Je les remercierai jamais assez, ces gens m’ont sauvé la vie. Aujourd’hui j’ai pu devenir indépendant, j’ai pu m’intégrer. J’ai un salaire, pas incroyable c’est vrai, mais je peux vivre correctement. J’ai aussi un logement et des amis, je pouvais pas demander mieux. Je compte rester ici pour très longtemps, on m’a offert une chance incroyable alors je veux travailler dur et aider autant que possible en remerciement.”

Le prochain objectif d’Issam ? “La naturalisation évidemment !” A-t-il répondu directement. Cependant, il va devoir attendre encore un peu. En effet, Issam devra attendre d’avoir vécu au minimum cinq ans en France avant de pouvoir faire la demande de naturalisation.

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