Il est 20 h 30 ce mercredi soir, Samuel est en retard. Avec entrain, il franchit la porte du lieu où il a élu résidence depuis janvier, cachant son sourire de derrière sa capuche. Quelques pas, un grand silence, puis la vie à nouveau dans cet univers de l’à côté. 

A 24 ans, il est de ces vagabonds solidaires qui sillonnent les routes à la recherche de son identité, de sa vérité. Issu d’une famille catholique pratiquante, il explore les confins de la vie avec pour seul crédo celui d’outrepasser ses barrières sociales. 

Pour sa dernière année de fac d’Arts Plastiques, il a fait le choix de vivre tel un nomade curieux du monde et désireux de le raconter. 

Septembre est son catalyseur, l’épreuve de son inconfort. Ce « SDF volontaire » comme il aime se qualifier vit pleinement son désir de liberté. Il l’assume même ! Logeant d’abord dans une cave désertée par son propriétaire, il a su profiter 3 mois durant de la fraicheur de l’illégalité. Un lieu inerte auquel il a redonné un souffle, une caverne de trésors où s’entreposent ses créations et ses illusions, sorte de laboratoire de sa vie, un réceptacle de ses nuits.

Vadrouilleur à l’esprit ouvert, il se faufile dans les méandres des endroits les plus incongrus d’Angers et c’est proche du petit milieu du street art qu’il fréquente peu à peu le collectif de la Grande Ourse. Une friche sociale et culturelle auto-gérée par quelques dizaines de membres aux horizons libertaires. Ce squat urbain, installé dans un ancien magasin de meubles désaffecté, va servir de symbole aux problématiques de l’accès au logement dans cette Athènes de l’Ouest.  

Loin de se réduire à un simple squat, c’est aussi un cercle de vie pour quelques anonymes aux parcours sinueux. Sur 2500 m2 d’espace, la Grande Ourse offre un refuge pour des passagers éphémères, un moyen de s’extraire des contraintes de la rue, des vicissitudes de la monotonie. Un lieu de partage et d’échange où l’art et l’humain ont une place à part entière.

Niché au cœur de la cité angevine, le collectif constelle au 6 quai Robert Fèvre sur les bords de Maine et accueille les voix plurielles d’identités imparfaites. Aux confins de deux mondes qui s’opposent et s’épousent, les protagonistes de la Grande Ourse tentent de proposer un monde résilient et inclusif dont Sam est devenu l’un des résidents par intérim. 

Résultat d’un mariage parfait entre sa foi et ses convictions à rebrousse poils de la société, d’une société. C’est habité par un profond désir de vivre que ce nomade à l’itinéraire inconstant nous livre ce qui l’a conduit à s’établir ici pour un temps. Le temps d’explorer, d’explorer son être, sonder ce monde et s’y faufiler avec douceur. 

Cet esprit libertaire à la révolte sage est un miroir du Christ, l’accent provençal en plus.

Oui, Sam est un emmerdeur !

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