Le 11 février dernier, Valentin Deudon publiait Les Miettes Footballistiques. Un recueil, tel un accord mets et vins, qui mêle football et littérature, les deux grandes passions de ce jeune auteur prometteur égrenées au fil des pages. Ses miettes sont pointées du doigt, ces acteurs de l’ombre qui s’appliquent à continuer de faire rouler ce précieux cuir. Donner une résonance aux miettes de l’écrivain, telle était notre ambition. Mais surtout leur donner voix. S’ils sont souvent derrière, c’est sous le feu des projecteurs que nous avons l’ambition de les poster, pour qu’ils nous livrent leurs fragments, leurs anecdotes, leurs miettes footballistiques.

Miettes Footballistiques
Grand Amour et Petits Écrits
Valentin Deudon

Elles sont le miroir d’une réflexion journalière sur le football. Racontées avec la délicatesse d’une plume unique, les miettes de Valentin Deudon rythment les treize chapitres d’un livre qui explore le football autrement. Il a sillonné les terrains et les stades à la recherche de son identité, celle d’un footballeur priorisant l’humain, reconnaissant de son adversaire et du bonheur irréductible que lui procure ce sport depuis sa tendre enfance.

Après diverses expériences professionnelles, l’auteur souhaitait se rapprocher de ses valeurs, celle du football du dimanche, « de notre football amateur », ajoute-t-il. Son recueil en est une parfaite illustration. En priorisant le football champêtre au football champagne, l’écrivain français s’adresse à tous les footballeurs passionnés, dans un ouvrage qui nous humanise. Nous, les amoureux de football. 

Ancien chargé de communication à l’AS Monaco, Valentin Deudon atteste une fois de plus de sa vénération pour la littérature. « Le pouvoir du mot, de la phrase qui nous bouleverse, qui nous fait penser différemment », telle est sa conception. Une écriture singulière et enthousiaste, comme une poésie de l’ordinaire, déjà étalée au cœur de ses deux ouvrages centenaires, composés pour la Ligue de Bretagne de Football et le SCO Angers.

« Le football permet de sortir de tes petits tracas quotidiens, de ta réalité du moment ». Valentin Deudon est un footballeur comme les autres, qui affectionne les plaisirs simples de la vie d’un joueur amateur. Cet ordinaire, il le raconte différemment. Ces miettes, il les narre à sa manière. Celle d’un écrivain qui « adore les écritures fragmentaires de philosophes et d’auteurs qui utilisent l’aphorisme, le fragment, la note ». En très peu de mots, le lecteur pénètre dans des atmosphères opposées, à l’image d’un livre qui incarne des acteurs provenant de tous horizons.

Son livre s’attache à un essentiel, à travers des souvenirs, des détails, « des ambiances, des émotions, d’une relation entraîneur-entraîné ou d’un coéquipier ». Comme une prise de recul sur le monde qui l’entoure. « Plus tu la vies, plus tu la creuses, plus tu voyages », plus elle sera profonde et emballante. Chacune des miettes à sa propre histoire, son propre décor, représentant des petits riens qui font des grands tous humains.

Il est un recueil qui fait éclore au grand jour une évidence auprès de tous footballeurs, la catharsis de ce sport. Oublier tout, se purger de ses pensées noires, on touche ici le cœur même du football. Son emprise et sa toute-puissance sur le joueur est une réalité à laquelle nous ne pouvons échapper.

Selon les dires de l’auteur, qui parle de « fuite générée par le plaisir du jeu », le plaisir se traduit parfois par la passion. Ici, elle est incarnée par Quentin. À travers ses paroles, on entend le stade gronder, les tribunes vibrer et la pression monter. À 23 ans, il a fait le choix de multiplier les expériences dans les stades de football européens (pour l’instant), pour prendre la température d’un pays, d’une ville et d’une culture. Le football prend ici la dimension d’une vie.

Quentin – collectionneur de stades et de tickets

Jan Svankmajer, Laurence Stephen Lowry, Keith Haring ou encore Pablo Picasso. Et pourtant, ils sont eux aussi des vecteurs de popularisation, de diversification d’un sport planétaire. Ils sont ceux qui ont mêlé et qui mêlent encore football et art. Ces deux mondes que tout oppose mais qui finissent par s’attirer. Celle qui peut relier ces deux opposés s’appelle Auranne Brunet-Manquat. Danseuse angevine d’exception, elle ose le pari de faire passer ses ballerines pour des crampons, son tutu pour un short et sa grâce pour la force. « Le footballeur, ce danseur qui s’ignore », écrit Valentin Deudon. Comme s’il était possible, par le sport, d’assembler ceux qui se déchirent. Notre miette angevine a ce pouvoir, celui de troquer les parquets pour les terrains verts, celui de casser les stéréotypes aussi bien ancrés d’un côté du terrain comme de l’autre de la scène.

Emma – danseuse classique et footballeuse

Le tacticien, le stratège, le psychologue, le maestro, le chef d’orchestre. Le verbe est long quand il faut parler de celui qui ne joue pas. L’auteur fait de ce chapitre une ode aux entraineurs, frustrés de ne pas ou ne plus jouer. Ceux qui guident leurs pions comme des joueurs d’échecs.

Selon lui, le haut du panier de ces intellectuels en joggings sont ceux qui arrivent à garder la tête froide dans les situations bouillantes. Jimmy n’a pas la prétention de s’inscrire dans cette catégorie de super self-control mais y travaille sans relâche pendant quatre-vingt-dix minutes de réflexion et plus. L’écoute de Jimmy est passionnante, ce sont même les larmes aux yeux qu’il nous parle de son poste si particulier. Un amour passionnel qui a failli partir en vrille. Mais l’amour ramène toujours à la raison.

Jimmy – entraîneur et préparateur mental

Le corps a ses limites que la passion ignore. L’auteur du recueil consacre un chapitre entier de son livre à « ceux qui débutent une nouvelle vie de footballeur ». La catégorie qui recueille les hommes trop vieux pour jouer en senior mais trop jeunes pour raccrocher les crampons. Comme les retraités qui continuent à travailler pour le plaisir, ils sont ceux qui brisent la rosée du dimanche matin pour quatre-vingts minutes de plaisir, mais surtout quatre-vingts minutes pour ne pas oublier. Quatre-vingts minutes qu’il faut combattre, apprendre à domestiquer, presque comme Don Quichotte et ses moulins. Le vétéran se bat contre plus fort que lui. Les réveils du dimanche, les faibles affluences et les filets pas encore abaissés, ce n’est que détail pour David. Après un demi-siècle les crampons aux pieds, le cinquantenaire nous livre ses sentiments pour un amour qui dure mais qui n’a pas d’âge. Elle est aussi là, la réalité du football vrai.

David – joueur en vétérans

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