« C’est la guerre, c’est le jeu ! ». La dernière décennie a été marquée par l’émergence d’un marché qui prend de plus en plus d’ampleur à toutes les échelles ; le fitness. Sur le territoire angevin, les salles de remise en forme, soucieuses sans doute du bien-être et de la santé de leurs habitants, se sont démultipliées, jusqu’à franchir la barre des 40 salles en 2020. Au point de se poser la question d’une prochaine saturation ?

La France constitue le troisième marché européen avec 5,96 millions d’adhérents.

Alors que les récentes enquêtes démontrent que depuis plus de 10 ans, 70% des personnes âgées de 15 ans ou plus s’émancipent des clubs, des associations et des salles de sport pour s’orienter vers des pratiques « hors structure » beaucoup moins contraignantes, le marché du fitness se porte bien, comme le souligne le dernier rapport du Centre de recherches et d’études des qualifications (Céreq) concernant les métiers du sport. En effet, ces structures apportent une réponse adaptée au souhait des pratiquants de disposer d’un équipement en libre accès, sans aucune ou très peu de contraintes. En 2019, ce marché était celui d’Europe qui représentait le plus fort potentiel de développement. Bien que le taux de pénétration de notre pays soit encore assez faible par rapport à des pays très présents sur le secteur Fitness comme le Royaume-Uni et l’Allemagne, la France entre en force dans un marché déjà hypra-concurrentiel. En effet, la France constitue le troisième marché européen avec 5,96 millions d’adhérents, contre 11,09 millions pour l’Allemagne et 9,9 millions pour le Royaume-Uni selon les chiffres de l’Observatoire de la Franchise. Avec près de 6 millions d’adhérents et un chiffre d’affaires de plus de 2,5 milliards d’euros, le marché du fitness français témoigne d’une croissance à deux chiffres. Boosté par l’arrivée massive des salles low cost, la France comptait 4370 clubs de fitness, en 2019. Et le marché est loin de se tasser puisque l’on constate un emballement continu dans l’ouvertures de salles avec en creux une hyper-segmentation des pratiques et des offres.  

Pour aller plus loin : Fitness : aux origines américaines

Angers au cœur de la bataille : « C’est la guerre, c’est le jeu ! »

Sur le plan local, les Angevins – eux aussi – sont les premiers impactés par la démultiplication massive des salles de fitness, depuis les années 2010. « C’est la guerre, c’est le jeu ! », s’exclame Maxime Gauduchon, responsable à Studio Byka. Vivante et sportive, la ville d’Angers lui ressemble. Plus de 40 clubs ont été ouverts et se sont implantés sur le territoire local ces dernières années, tandis que sa croissance est loin d’être arrivée à maturation, du fait de la non-implantation de certaines franchises omniprésentes dans l’hexagone (KeepCool) et du futur développement de de nouvelles franchises (Basic Fit, Fitness Park) déjà installées.

Savoir faire le bon choix, étape primordiale.

Le marché du fitness a également correspondu à une montée en exigence des adhérents sur les programmes d’entretien du corps proposés par les salles de fitness. « Avant, un consommateur testait une à deux salles en guise de comparaison. Aujourd’hui, il en fait entre 4 et 5 », s’exclame Etienne Jamin, Président et Directeur Général de Wake Up Form. Dès lors, la quasi-totalité des centres de remise en forme a rapidement mis en place des offres de bienvenue et des séances gratuites pour attirer de nouveaux clients. L’objectif ? Faire découvrir la pratique en le fidélisant dès sa première séance. « L’avantage, pour un étudiant comme moi, c’est que la salle m’a proposé les trois premiers mois de mon abonnement à 30 euros », déclare Théo, 18 ans. Devenu roi, le client est au centre du business des salles de sport. Dorénavant, les acteurs les plus influents étudient rigoureusement le marché dans sa globalité, pour pouvoir s’implanter au bon endroit et au bon moment. « J’ai peaufiné mon audit pour mes implantations futures, notamment à Angers car j’avais déjà ouvert un club en 2010 à Saumur », explique M. Jamin. Le groupe Wake Up Form est aujourd’hui présent à Angers et dans plus de 40 villes de l’hexagone.

Au cœur de la problématique, la loi de proximité.

Il est l’un des critères prioritaires dans le choix des adhérent(e)s. Bien que ces derniers soient de moins en moins fidèles à une seule et même salle de remise en forme pendant un laps de temps étendu, leurs engagements dépendent principalement de l’emplacement des structures. Les transports en commun ou encore les parkings pour y accéder également. « Je n’ai pas de voiture et le tramway s’arrête juste en face de la salle », raconte Dominique, 56 ans, adhérent à Station Foch. Certes, la proximité de la salle est un atout considérable. Mais il est loin d’être le seul critère pris en compte par les adhérent(e)s. « Lorsque j’ai emménagé à Angers, j’ai choisi Silhouett2000 pour une question de proximité. Après quelques mois au sein de la structure, j’ai rapidement compris qu’elle ne correspondait pas à mes attentes. » précise Anaïs, 23 ans, étudiante. « J’avais besoin d’un suivi personnalisé supplémentaire et de machines plus récentes, j’ai préféré me diriger vers une autre structure », ajoute-t-elle.        

« Ici, 70% de nos adhérents sont des étudiants provenant de l’Université de Saint-Serge »

Maxime Maury

Les centres de remise en forme ne se sont pas trompés. En s’implantant à Angers, ville étudiante et attractive, ces derniers ont saisi l’opportunité de développer un marché en perpétuelle évolution. Certaines structures ont fait le choix fort et stratégique de s’implanter proche des universités et des écoles. Une cible toute trouvée. Fitness Park, Basic Fit ou l’Orange Bleue surfent sur cette vague jeune. Maxime Maury, gérant de L’Orange bleue, l’explique « Ici, 70% de nos adhérents sont des étudiants provenant de l’Université de Saint-Serge qui viennent aussi bien pour l’emplacement de la salle que pour les tarifs proposés ».

Le budget, autre critère prédominant.

Il était l’un des marchés les plus coûteux dans le monde du sport ces dernières décennies. Mais la donne a bien changé. L’arrivée massive des groupes tels que Basic Fit, Keep Cool ou encore Fitness Park – considérés comme low cost – a bousculé le marché. Ces enseignes ont complètement réinventé et bouleversé l’écosystème du fitness dans sa globalité, en proposant des tarifs défiants toute concurrence. Il y a cinq ans, en France, 65% de la population adhérente choisissait sa salle en fonction du prix, selon une étude prospective menée par Jan Syrucek destinée à étudier Les possibilités d’évolution du fitness en France, à l’horizon 2030. Un pourcentage énorme, qui démontre parfaitement l’importance accordée à la question financière, dans les différents foyers.

L’adhérent est au cœur de toutes les préoccupations. En démontre l’intérêt tout particulier porté par les gérants de salles, qui proposent désormais des abonnements adaptés à chacun et exclusivement liés à des tranches de population. Comme la plupart de ses concurrents, Maxime Maury, gérant d’Orange Bleue Angers, « propose une offre à 26 euros par mois pour les étudiants, qui monte à 29 euros pour l’offre classique », toujours dans le but de se fier à sa cible. Les seniors, quant à eux, sont de plus en plus pris en compte dans les stratégies des salles de fitness angevines et nationales. Elle est une population amatrice de fitness, révélatrice d’un marché porteur sur le long terme.

Une image de marque à tenir.

Elle est une composante toute aussi importante pour les acteurs souhaitant s’implanter, où que ce soit à Angers, en France ou ailleurs. L’image de marque est au cœur des préoccupations d’un directeur et, surtout, d’un consommateur. A l’intérieur de la structure, l’adhérent doit se sentir bien et en sortir détendu, apaisé. Son confort passe aussi bien par la qualité des services proposés que par l’utilisation de la salle comme un moyen de socialisation secondaire. « Les personnes viennent car elles se sentent bien dans la salle. Le coach créé une ambiance, une convivialité », indique M. Maury, coach à l’Orange Bleue. La relation entraîneur-entraîné est l’un des vecteurs fondamentaux de cette socialisation. L’adhérent, toujours en quête de bienfaits pour sa santé, voit dans le coach une relation de confiance, qui lui permettra d’arriver à atteindre ses objectifs.

« Il existe un grand turnover chez les clients qui se lassent, s’adonnent ou changent de lieux pour aller dans des salles plus modernes ou qui offrent de nouvelles prestations »

Jeanne-Maud Jarthon et Christophe Durand

L’image de marque passe aussi par des phénomènes de communication et de marketing, de plus en plus présents dans notre société actuelle et dans le monde du fitness globalement. L’une des causes de cette utilisation est en lien avec une cible étudiante prioritaire pour certaines structures, telles que Fitness Park et l’Orange Bleue. Aucunement stable, un étudiant ne pourra que rarement s’engager sur le long terme, preuve d’un turnover permanent. De plus en plus exigeants et pointilleux, l’ensemble des clients du fitness recherchent les meilleures conditions possible pour se consacrer à leur pratique sportive. « Il existe un grand turnover chez les clients qui se lassent, s’adonnent ou changent de lieux pour aller dans des salles plus modernes ou qui offrent de nouvelles prestations », explicitent Jeanne-Maud Jarthon (maître de conférences en Sciences et techniques des activités physiques et sportives) et Christophe Durand (professeur des Universités), auteurs d’une étude sur le fitness comme un marché concurrentiel en permanente mutation.

« Une femme va nous faire adhérer quatre copines, un homme va nous faire adhérer un pote à lui. »

Etienne Jamin

« Le fitness, en France, attire les femmes. Cette volonté de bouger en musique reste très féminin », s’exclame Maxime Gauduchon, coach diplômé à Studio Byka, près de la Baumette. En 2018, l’Observatoire de la Franchise indiquait que sur les 6 millions de pratiquants, en France, 65% sont des femmes. Preuve que la féminisation du fitness est réelle. Pour ces dames, « le fitness est ressenti comme une certaine émancipation par rapport au quotidien. Il s’agit de se faire du bien, de s’épanouir individuellement grâce à cette pratique », comme le démontrent les deux auteurs cités précédemment, dans leur étude consacrée au Fitness pour construire du féminin. Fidèles et motivées, elles sont une des raisons de sa démocratisation. « Une femme va nous faire adhérer quatre copines, un homme va nous faire adhérer un pote à lui. Mais c’est tout. », relève M. Jamin, Pdg du groupe Wake Up Form. Preuve d’une certaine présence de l’adhésion genrée. La femme est une cible prioritaire, amatrice principalement des cours collectifs, symboles de convivialité et de divertissement. « On a mis en place les cours collectifs pour attirer davantage de femmes et en recrutant une coach », révèle Renan Monnier, co-gérant de La Meute, salle implantée sur le Boulevard du Doyenné.    

Une tarification hétérogène et concurrentielle.  

Le fitness a aussi un coût. Pouvant s’avérer, dans des salles premium notamment, assez onéreux. L’arrivée du low cost à tout bousculer. A ce jour, il existe de multiples catégorisations de salles, qui permettent une ouverture plus large du marché. Cette transformation n’a fait qu’accentuer l’hétérogénéisation des tarifs proposés par les salles. Chaque concurrent met en œuvre des stratégies qui diffèrent, avec des abonnements de plus en plus innovants, pour attirer un maximum de clients. Certaines structures n’hésitent pas à proposer des options complémentaires, en plus de leurs abonnements, que ce soit en termes d’alimentation ou d’hydratation.

Un système tarifaire complexe

La mutation du low cost comme un bouleversement des coûts et de la concurrence.

Keep Cool, Neoness, Basic Fit, Fitness Park. Et on en passe. Toutes ces enseignes ont investi massivement l’hexagone la décennie passée. Localement, ce sont les deux dernières qui ont fait leur apparition sur le territoire angevin. Et elles n’ont pas fini de s’émanciper. Leurs concepts ont véritablement bouleversé la concurrence, du fait notamment des coûts proposés. Le low cost a redistribué les cartes, à partir des années 2010, en coïncidence avec un marché en totale transformation à cette époque.

À Angers, Basic Fit et Fitness Park à la base d’une révolution.

Notre agglomération est à l’image de l’ensemble de l’hexagone, le low cost a bousculé les codes du marché du fitness. Alors que des franchises comme Wefit ou des enseignes comme Station Foch tentaient de conquérir le marché angevin, deux ogres venaient s’implanter sur le territoire local. Leurs noms ? Basic Fit et Fitness Park. Deux groupes déjà très présents ailleurs, notamment en Belgique ou aux Pays-Bas. « Basic Fit et Fitness Park vont monopoliser le marché. Les gros vont bouffer les petits », appuie Jean-Jacques Deciron, responsable de la salle Fitness Park. Son principal concurrent confirme. « Le but, c’est d’avoir le plus de salles possible et aucune concurrence. Même s’il en existe une avec Fitness Park », ajoute Erwin, responsable de la salle Basic Fit, implantée au Lac de Maine. La révolution est en marche et les amateurs de fitness se ruent vers ces salles attrayantes. Et ce, aussi bien pour des débutants que des sportifs plus expérimentés, plus confirmés. « Après deux années à Station Foch, j’ai voulu réduire mes frais en me rendant dans une salle plus accessible », raconte Yann, 21 ans, aujourd’hui adhérent à Basic Fit. Il est en quelque sorte le reflet de cette présence massive des jeunes au sein des salles low cost angevines. L’attractivité des prix en est évidemment la raison première. Mais pas seulement. « Avec mon abonnement à 29,90€, la salle me propose de venir accompagné, sur chaque séance. Ça me permet de pratiquer quotidiennement avec un ami, sans forcément payer un prix fort », ajoute Yann. En effet, comme c’est le cas avec Basic Fit dans l’exemple ci-contre, ces salles n’hésitent pas à mettre en place des offres racoleuses et attractives. « La majorité de nos clients, ce sont les millennials, les personnes ayant moins de 35 ans », pointe Philippe Herbette, Pdg de Fitness Park, dans un entretien avec Julien Galgliardi sur BFM Business.

« On ne peut pas concurrencer un Basic Fit, j’ai 3 tapis de course, ils en ont 25 000 ! »

Adrien Bordes

En plus des prix alléchants, le low cost mise sur la gigantesque superficie de leurs locaux, avoisinant les 2000m². Ce concept stratégique permet à ces structures de proposer un nombre incalculable de machines, ayant pour objectif la non-attente des adhérent(e)s, lié à un flux massif quotidien. Adrien Bordes, responsable de Wefit au Lac de Maine, en est conscient ; « On ne peut pas concurrencer un Basic Fit, j’ai 3 tapis de course, ils en ont 25 000 ! ». Certes, Basic Fit et Fitness Park en profitent pour réduire leurs coûts. Cependant, du fait de la non-salarisation de coachs permanents, ces structures ne sont en aucun cas capables de proposer un accompagnement quotidien auprès de leurs adhérents, contrairement à la quasi-totalité de leurs concurrents. Leurs solutions ? Proposer des séances menées par des coachs auto-entrepreneurs ou bien « utiliser l’application du groupe, qui contient un service coaching individualisé », indique Erwin, responsable à Basic Fit. Surtout, ces centres de remise en forme utilisent des surplus, pour glaner des recettes supplémentaires. « Chez nous, tout est compris dans le prix sauf les boissons sportives où il suffit de payer 5 euros par mois », explique-t-il.

Une concurrence bouleversée.

Son implantation massive a tout chamboulé. Avec ses prix bas qui imposent le rythme sur le marché, les clubs low cost fragilisent les plus historiques. Certes, la quasi-totalité des centres de remise en forme – qu’ils soient affiliés au middle cost, au premium ou encore aux boutiques-gym – ont perdu des clients. Mais l’implantation massive et rapide du low cost, aussi bien sur le territoire hexagonal qu’angevin, est aussi vue comme un bienfait pour le marché. « Avant, on se battait pour attirer tout le monde sans faire de prospect qualitatif, en faisant la même chose, en se livrant une guerre comme ça. Le low cost a segmenté ça. », atteste le responsable de Studio Byka, club boutique-gym. Auparavant salarié dans une salle middle cost, il ajoute : « j’ai vu l’arrivée du low cost comme une difficulté. Tu voyais dix personnes dans ta salle et puis d’un coup tu n’en voyais plus qu’une. C’était compliqué. Après, moi je trouve que ça a permis de faire du tri, ce n’est pas mauvais ». Pour faire face à cette âpre concurrence, des clubs misant sur la spécialisation ont fait leur apparition. Les centres de remise en forme exclusivement féminins, tels que Curves ou Lady Moving, mais aussi les salles indépendantes spécialisées dans le Crossfit notamment en sont de réels exemples. Le dernier concept cité, originaire des Etats-Unis, est de plus en plus présent sur notre territoire local. En démontre l’implantation de trois « Box » (ndlr, salles de Crossfit) dont un prénommé CrossFit Angers, situé proche du centre-ville. « On est dans un quartier qui se redynamise, qui reprends vie ! », s’exclame Alexandre Vergnon, responsable commercial. La concurrence est rude et diversifiée.      

  

Les cours collectifs, entre personnalisation et banalisation.

Ils sont le cœur des centres de remise en forme. Depuis multiples décennies, ils se sont transformés et diversifiés, en lien avec l’évolution du fitness et de la société dans sa globalité. Initialement destinés à une population féminine, les hommes sont de plus en plus adeptes aux cours collectifs. « On attire les femmes avec les cours collectifs, elles sont souvent présentes en nombre. Mais ça dépend des cours. Je pense notamment au circuit training, au body combat où l’on retrouve pas mal d’hommes ! », témoigne Arnaud Frionet, gérant de la salle Magic Form à Angers.

Une personnalisation qui fait la différence.

Face à des concurrents toujours plus innovants et nombreux, les cours collectifs sont considérés comme l’une des pratiques permettant de diversifier le fitness dans sa globalité. Cependant, certains groupes – low cost prioritairement – ne prennent pas en compte cette diversification dans leurs stratégies. Cette banalisation des cours collectifs s’explique par l’utilisation des Mills, un concept néo-zélandais créé par un ancien athlète olympique, Leslie Roy, en 1968, mettant en œuvre des cours combinant fond musical et mouvements d’aérobie, vendus dans le monde entier. Créés de toute part, ces cours sont envoyés aux salles et renouvelés tous les trois mois. Certaines salles low cost, telle que Fitness Park, utilisent la vidéo. Sans coach, il est en effet plus simple de diffuser ces cours collectifs virtuellement, grâce à l’omniprésence des nouvelles technologies dans le monde du fitness en 2020. Forcément, cette stratégie laisse place à très peu d’imagination et, surtout, d’originalité. Le concept commence même à s’essouffler, aussi bien en France qu’à l’étranger. « En Belgique, il y a plein de Basic Fit mais les Mills ne fonctionnent quasiment plus. En Suisse, il y en a plus ou presque », déclare Maxime Gauduchon, gérant de Studio Byka.  

Adrien BORDES – Responsable et coach – Wefit Lac de Maine

La diversification est déjà de mise. Face à une concurrence gigantesque sur le marché, les structures n’hésitent pas à faire preuve d’ingéniosité pour se différencier. Unicité et originalité sont au cœur de multiples stratégies business plan. A commencer par les groupes low cost, comme Basic Fit, et ses cours GXR (ndlr, Révolution des Cours Collectifs) uniquement proposés dans leurs salles. Renouvelés toutes les huit semaines, ces cours collectifs virtuels sont spécifiques et parfois uniques. Certains clubs middle cost se différencient, eux, par la personnalisation de leurs collectifs. C’est notamment le cas de Wake Up Form et d’Orange Bleue, à Angers. Maxime Maury, coach dans la dernière salle citée, fait valoir l’unicité de son groupe en présentant sa marque Yako. « Le groupe a décidé de ne pas payer les Mills. On embauche des chorégraphes et des coachs connus nationalement et internationalement pour faire les chorées. Et tous les deux mois les cours sont renouvelés. C’est un concept unique ». Une véritable plus-value pour ces structures, qui proposent des cours collectifs exclusifs, adaptés aux clients, et qui se modifient plus rapidement.  

« Elles ne veulent pas faire de zumba, elles veulent se renforcer »

Renan Monnier

Quelques structures vont encore plus loin dans la diversification. En plus de créer leurs cours, certains coachs n’hésitent pas à proposer des cours uniques. Depuis peu, c’est notamment le cas de La Meute. Très axée sur la musculation, la structure s’adapte à sa clientèle. « Les filles qui s’entraînent ici, elles veulent pousser. Elles ne veulent pas faire de zumba, elles veulent se renforcer. Mais ce ne sont pas des cours dansés, comme on peut le retrouver dans Les Mills », note l’un des gérants de la salle, qui propose notamment un cours MMA. Tout autre registre chez Studio Byka. « Je propose des cours de Body Art et de Pilate à mes adhérents et les gens apprécient d’avoir un cours différent tous les jours. C’est du 100% freestyle, je fais ce que je veux ! », se réjouit le gérant.

Ils sont riches et diversifiés. Body Combat, Body Jump, Body Balance, Body Attack, Step, Cardio Training, Pilate, Abdos fessiers, Renforcement musculaire, Zumba, Yoga, Gym douce, Cxworx, Grit, Cross Training, RPM, Body Jam, The Trip, HBX Boxing, MMA. Ils sont tous présents dans nos salles angevines. Les plannings des cours collectifs des salles de fitness sont un point stratégique du business. Mais chaque salle s’organise différemment, en proposant des cours à des créneaux stratégiques. « On propose des cours vidéo 7 jours sur 7, de 6h à 23h, mais nos cours avec coachs sont principalement placés le soir, en semaine, de 17h à 20h », nous explique Jean-Jacques Deciron, à Fitness Park. Ce créneau horaire correspond tout simplement au pic d’affluence prioritaire des centres de remise en forme, peu importe la population.

Innovation et diversification au cœur des stratégies business plan.

La concurrence est réelle et exponentielle. Les structures doivent se réinventer pour faire la différence et attirer toujours plus de nouveaux clients. A commencer par les activités proposées par certains clubs. La Meute en est un exemple concret. En plus de sa démarcation dans ses cours collectifs, elle s’appuie sur une stratégie novatrice pour séduire de nouveaux consommateurs. « On essaie de s’adapter au marché en développant de nouvelles choses. Mon associé passe en ce moment un diplôme pour donner des cours de boxe. On ne veut pas des cours habituels avec trente femmes. On veut agir en fonction de l’esprit de la salle », spécifie Renan Monnier. La diversification passe aussi par l’implantation de nouvelles salles, de nouveaux concepts. C’est notamment le cas du CrossFit, apparu en 2012 sur notre territoire. À Angers, trois structures y sont totalement consacrées, autrement appelées « Boxs ». « Le Crossfit allie la partie haltérophilie, cardiaque et gym sur une seule et même séance. Il y a un coach qui gère le combiné des trois domaines », explicite Alexandre Vergnon, salarié à CrossFit Angers. Là-aussi, la concurrence est accrue et l’innovation au cœur de la problématique. M. Vergnon et son équipe se réinventent. « L’été, on organise des cours à l’extérieur de la salle, en faisant découvrir à nos adhérents des espaces de la ville d’Angers, comme le Lac de Maine par exemple ». A Station Foch, Dominique apprécie certaines initiatives ; « La première année, ils avaient organisé un cours de Body Pump au Quai. Ils ont emmené tout le matériel là-bas. C’est vachement bien pour ceux qui ne connaissent pas. J’y participai, on était une cinquantaine. C’est un côté de sympa de sortir du cadre de la salle, on voyait la Maine, on voyait les gens », raconte-t-il. Bien que les salles low cost s’implantent rapidement et massivement en France, ils tentent toujours de se diversifier. Le groupe Fitness Park, qui ne cesse d’évoluer, teste de nouveaux concepts, en amont, dans une salle parisienne à La Défense. « Les adhérents auront un programme d’entraînement, un profil qui les accompagne – à commencer par leur avatar. Ils pourront lui donner la silhouette souhaitée pour atteindre leurs objectifs. Il accompagnera tout le parcours client avec des centaines de milliers de combinaisons d’entraînement possibles », explicite Philippe Herbette, PDG de Fitness Park.

Faire face à la concurrence, c’est aussi savoir développer une stratégie de fidélisation sur le long terme, qui cherche à s’opposer à la mouvance des consommateurs du fitness. Beaucoup se satisfassent de leurs relations avec leurs adhérents, en mettant en avant une notion de « famille » révélatrice d’un lien entre responsables, coachs et adhérents. Mais la plupart innovent en allant plus loin qu’une simple instauration de lien social entre les acteurs. Grâce au lunch, dans les locaux du Wake Up Form d’Angers, plusieurs afterwork sont organisés par le groupe. Ces rassemblements sont facteurs de cohésion sociale et les adhérents développent un réel sentiment d’appartenance au fil des mois. À Fitness Park, quelques DJ viennent parfois animer des soirées orchestrées par la structure. L’Orange Bleue utilise ses partenaires pour proposer différentes offres à ses adhérents, lesquels ont « accès à des sites partenaires avec des réductions, comme Disneyland par exemple », indique Maxime Maury.

Un marché prochainement en saturation ?

« Il y a des villes où ça va saturer, car tu ne peux pas avoir 45 clubs pour 200 000 habitants dimensionnellement avec un taux de pénétration à 13-14% comme en Espagne », indique Etienne Jamin. Il ne faut pas avoir peur de se poser la question. Développement et saturation sont au cœur des problématiques du fitness à ce jour. Certes, les multiples centres de remise en forme – qu’ils soient mondiaux ou français – sont dans une dynamique positive depuis plus d’une décennie. Cependant, la rude concurrence et l’omniprésence des salles low cost n’aident en rien puisqu’elles « limitent les marges de manœuvre des grands réseaux », selon une étude Xerfi intitulée « Les salles de sport et de remise en forme à l’horizon 2020 – Performances financières, business model, leviers de croissance et perspectives d’activité des gestionnaires ». C’est pourquoi l’anticipation est de mise, que ce soit pour les acteurs les plus influents, les adhérents ou les chercheurs. Tout simplement car les concepts – du fait de leur démultiplication massive – sont à même de s’essouffler petit à petit, l’offre étant trop segmentée. Les structures rivalisent d’ingéniosité, peaufinent toujours un peu plus l’expérience client, utilisent la digitalisation de la pratique pour développer un suivi personnalisé quotidien et performant. Mais, à l’avenir, sera-t-il toujours autant possible de se réinventer ?

« Pour moi, le marché va se saturer. Dans les années à venir, la salle comme la nôtre ne va sûrement plus exister »

Renan Monnier

Elles se divisent en plusieurs catégories distinctes. Du fait de leur gigantesque croissance, le marché s’est incroyablement resserré. Si bien que les salles dites intermédiaires se retrouvent à devoir faire un choix primordial dans leur stratégie d’entreprise. Se différencier par le haut, en suivant les stratégies des salles premium. Ou bien se rapprocher du bas et des stratégies low cost, qui dictent le tempo. « Dans certaines villes, ça va saturer très vite. Les salles low cost arrivent avec un budget ultra-conséquent, elles ont des salles énormes avec beaucoup de matériel », souligne M. Bordes, responsable à Wefit. Si bien que certaines salles pensent déjà à leur survie dans un avenir plus ou moins proche. « Pour moi, le marché va se saturer. Dans les années à venir, la salle comme la nôtre ne va sûrement plus exister », fatalise Renan Monnier (La Meute). Proposer des coûts aux alentours de la quarantaine d’euros, face à des franchises qui réduisent considérablement leurs coûts n’est pas chose aisée. Si bien que la moitié des clubs indépendants ont cessé leur activité au profit de ces franchises. La diversification pourrait ne plus suffire dans les dix prochaines années, alors qu’elle est aujourd’hui un atout considérable pour ces salles middle cost.  

Comme depuis plusieurs décennies, le marché se réinventera et verra arriver de nouveaux concepts. « Quand on voit ce qu’il s’est passé dans les autres pays, saturé ? Pas encore. Ils sont malins. Nous sommes qu’au début », évoque M. Gauduchon. Cela passe et passera notamment par la digitalisation de la pratique. Les nouvelles technologies et leur expansion permettront aux salles de sport de continuer à se développer et à se réinventer encore et toujours. Mettre en place des concepts qui fonctionnent ailleurs est une solution de plus pour les centres de remise en forme, notamment français. « Demain on aura du 5 euros par mois, en France », envisage le gérant de Studio Byka. « Le marché n’est pas saturé. En France, il y a environ 3000 salles de sport. Au Danemark, au RU, en Allemagne il y en a 8000. Il y a encore beaucoup de choses à faire, des quartiers peu développés, dans les campagnes. Je pense que de plus en plus de salles vont ouvrir mais il faut être très bon », pense Maxime Maury, co-gérant de l’Orange Bleue. Le marché de niches, déjà présent dans les plus grandes villes françaises, est une des perspectives qui pourrait permettre au fitness de poursuivre sa croissance sur le long terme. Le jour où les villes moyennes, comme Angers, auront la capacité d’accueillir ce type de nouvelles salles ou tout autres concepts novateurs, le fitness sera sans doute loin de se saturer. Affaire à suivre.

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